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Calligramme d'Apollinaire, écrit sur le front, pendant la Première Guerre mondiale.
Calligramme d'Apollinaire, écrit sur le front, pendant la Première Guerre mondiale.
  • Samedi 21 mars 2015, de 17h à 18h30 – Poésie, audace, prophétisme face au "prince de ce monde". Animé par Claire Gruson, avec Antoine Peillon et Robert Philipoussi. Rendez-vous à la Maison fraternelle : 37, rue Tournefort, 75005 Paris.

« Si l’humanité doit périr, ce qui apparaît maintenant possible pour bien plus tôt qu’on imaginait, ce sera, en tout cas, faute d’avoir su mieux employer le langage ». C’est le poète Yves Bonnefoy qui parle ainsi, répondant en 1998, aux côtés d’Edgar Morin, à la question « quels savoirs enseigner dans les lycées ? ». En ce temps de crise majeure, la parole poétique peut-elle nous aider à vivre autrement notre relation aux mots et au monde ? Dans les périodes troublées, le sage conseille de veiller sur les mots. Mais il y a plusieurs manières de le faire : on peut veiller au beau langage, de manière normative ou esthétisante, se lamenter sur les menaces que font peser sur la richesse de la langue l’usage du portable ou du twitt, déplorer les faiblesses diverses dans le maniement des mots. Et s’il s’agissait plutôt de se laisser gagner par le silence et la parole déconcertante, d’écouter la matière sonore, d’entendre les brèches qu’ouvre la poésie dans le mur de ce qui nous oppresse ? Tâche et audace de la poésie interpellée par Fondane, Jaccottet, Bonnefoy…

Claire Gruson

Ô poésie, 
Je ne puis m’empêcher de te nommer
Par ton nom que l’on n’aime plus parmi ceux qui errent
Aujourd’hui dans les ruines de la parole.
Je prends le risque de m’adresser à toi, directement,
Comme dans l’éloquence des époques
Où l’on plaçait, la veille des jours de fête,
Au plus haut des colonnes des grandes salles,
Des guirlandes de feuilles et de fruits.

Je le fais, confiant que la mémoire,
Enseignant ses mots simples à ceux qui cherchent
A faire être le sens malgré l’énigme,
Leur fera déchiffrer, sur ses grandes pages,
Ton nom un et multiple, où brûleront
En silence, un feu clair,
Les sarments de leurs doutes et leurs peurs (…) »

Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, Mercure de France, 2001

***

« Les événements du monde, depuis des années, autour de nous, proches ou lointains – mais plus rien n'est vraiment lointain, du moins en un sens, si plus rien n'est proche non plus –, l'Histoire : c'est comme si des montagnes au pied desquelles nous vivrions se fissuraient, étaient ébranlées ; qu'ici ou là, même, nous en ayons vu des pans s'écrouler ; comme si la terre allait sombrer.
Or, quant à cela, quant à l'Histoire, nul doute : il s'agit bien – ce qu'on aura vécu – de près d'un siècle de l'Histoire humaine ; une masse considérable, une espèce de montagne, en effet, dont la pensée a du mal à faire le tour, le cœur à soutenir le poids ; et tant de ruines, de cimetières, de camps d'anéantissement qui seraient, de ce siècle, les monuments les plus visibles, d'autres espèces de montagnes, sinistres. Et la pullulation des guerres, la plus ou moins rapide érosion de toute règle, et les conflits acharnés entre règles ennemies. Tout cela multiple, énorme, obsédant, à vous boucher la vue, à rendre l'avenir presque entièrement obscur. »

Philippe Jaccottet, Après beaucoup d’années, Gallimard, 1994, p. 93

Petite bibliographie suggestive, pour préparer la discussion :

· Yves Bonnefoy, L’Improbable et autres essais, Idées / Gallimard, 1980

· Yves Bonnefoy, Poèmes, Poésie / Gallimard, 1982

· Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, Mercure de France, 2001

· Philippe Jaccottet, Cahier de verdure suivi de Après beaucoup d’années, Poésie / Gallimard, 2003

· Benjamin Fondane, Le Mal des Fantômes, Verdier poche, 2006

· Philippe Jaccottet, L’Encre serait de l’ombre ; Proses et poèmes choisis par l’auteur, 1946-2008, Poésie / Gallimard, 2011

Tag(s) : #Rencontres

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