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Jacques Ellul, par Louis Monier
Jacques Ellul, par Louis Monier

Samedi 11 avril 2015, 17h à 18h30 – L’espérance d’Ellul (et de Charbonneau). Actualité de l'écologie protestante et libertaire. Animé par Dolaur Liberté Crozon-Cazin, Antoine Peillon et Robert Philipoussi.

Ellul (1912-1994) et Charbonneau (1910 -1996) furent des révolutionnaires. Autant le dire tout de suite. Ils n’ont eu de cesse d’interroger le statu quo ante et de vouloir peser sur le cours des choses, pour le changer. Chacun à leur manière et aussi en commun, ils se sont attachés à nous fournir les outils nécessaires pour penser ce monde. Mais quelle est cette révolution entrevue par Charbonneau et Ellul ? Loin des modèles tous faits et des clichés établis (du groupuscule violent, à la posture « du penseur radical ») dans le cadre de la rébellion instituée, ils se sont aventurés sur d’autres chemins (la Grande Mue, dont parle Charbonneau). Envers et contre tout, il leur a fallu un cap et des convictions solides. Nous l’avons perdu de vue, mais penser « le sentiment de la Nature comme force révolutionnaire » n’allait pas de soi à l’époque (1937), et je dirais qu’il en est de même aujourd’hui. Plus que jamais.

Dans l’œuvre de Charbonneau et, dans une certaine mesure, dans celle d’Ellul (différemment), l’écologie est une dimension structurante et incontournable. Toutefois, elle repose sur des interrogations radicales que nous discuterons aujourd’hui : la critique de la puissance, l’autolimitation, l’espérance, la liberté, l’individu et le lien social, la notion de Grande Mue. Et en arrière plan, toujours présent, l’Evangile et son message radical, qui se trouve être à la source de ces deux puissantes réflexions. Aujourd’hui encore, Charbonneau et Ellul sont révolutionnaires.

Dolaur Liberté Crozon-Cazin

* « Sans aucun doute, le motif le plus puissant qui pèse sur nous comme un interdit, le motif qui nous empêche de remettre en question les structures de cette civilisation et de nous lancer dans la voie de la révolution nécessaire, c'est le respect du fait. (...) Actuellement, le fait constitue la raison dernière, le critère de vérité. Il n'y a pas de jugement à porter sur lui, estime t-on, il n'y a qu'à s'incliner. Et dès lors que la technique, l'État ou la production sont des faits, il convient de s'en accommoder. Nous avons là le nœud de la véritable religion moderne : la religion du fait acquis. »

Ellul, Présence au monde moderne, 1948

* « La conscience révolutionnaire du prolétariat des pays industrialisés faiblit constamment car le Welfare State est parfaitement capable de désamorcer le fameux conflit des classes. Il se produit un blocage des volontés révolutionnaires par le bien-être. (...) On parle toujours mais on cesse d'être prêt à faire. La révolution est devenue un idéal et un mythe mais non plus passion et sacrifice. »

Ellul, De la révolution aux révoltes, 1972

* « Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l'Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible (...)? Il n'y a pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, donc véritable subversion. »

Ellul, La Subversion du christianisme, 1984

* « Je voudrais rappeler une thèse qui est bien ancienne, mais qui est toujours oubliée et qu'il faut rénover sans cesse, c'est que l'organisation industrielle, comme la « postindustrielle », comme la société technicienne ou informatisée, ne sont pas des systèmes destinés à produire ni des biens de consommation, ni du bien-être, ni une amélioration de la vie des gens, mais uniquement à produire du profit. Exclusivement. »

Ellul, Le Bluff technologique, 1988

Petite bibliographie, pour préparer la discussion

· Jacques Ellul, L'Espérance oubliée, Gallimard, 1972 ; 2e édition : La Table Ronde, 2004

· Jacques Ellul, Présence au monde moderne : Problèmes de la civilisation postchrétienne, Genève, Roulet, 1948 ; 2e édition : Lausanne, Presses Bibliques Universitaires, 1988 ; 3e édition dans Le Défi et le nouveau ; Œuvres théologiques, 1948-1991, La Table Ronde, 2007

· Jacques Ellul, Théologie et technique ; Pour une éthique de la non-puissance, Labor et Fides, 2014

· Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, Nous sommes révolutionnaires malgré nous. Textes pionniers de l'écologie politique (recueil de quatre textes datant des années 1930), Le Seuil, 2014

· Dolaur-Liberté Crozon-Cazin, « Une poétique de la liberté », dans Collectif sous la direction de Jacques Prades, Bernard Charbonneau : une vie entière à dénoncer la grande imposture, Erès, 1997, pp. 51 – 60

· Stéphane Lavignotte, Jacques Ellul ; L’espérance d’abord, Olivétan, 2012

Tag(s) : #Rencontres

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